Cette vidéo vous a plu ? Abonnez-vous à notre chaîne YouTube pour suivre toute la série.
On peut exécuter toutes les postures à la perfection et rester instable à l'intérieur. Mūla Bandha, c'est précisément ce qui ancre cette stabilité — non pas une simple contraction, mais une organisation subtile de l'énergie à la racine.
Cet article est le premier d'une série en trois temps sur les bandha. Si vous découvrez le sujet, commencez par notre vue d'ensemble des bandha, qui pose les bases.
Mūla, Bandha, Mūlādhāra
Mūla (मूल), c'est la racine, la base. Bandha, lier, contenir, canaliser. Mūla Bandha, c'est donc ce qui organise l'énergie à la racine du corps. Ce n'est pas un hasard si Mūla est aussi le nom du premier cakra, Mūlādhāra, le centre énergétique situé à la base de la colonne — là où, dans le langage de la tradition, l'énergie dort ou s'éveille.
Où, exactement ?
C'est la question clé, et la source de la plupart des confusions. Mūla Bandha n'engage pas le périnée entier, ni le sphincter anal. Il s'agit du point central du périnée — ce que l'anatomie nomme le centre tendineux du périnée, situé entre l'anus et les organes génitaux.
Le repère diffère légèrement : chez l'homme, entre l'anus et la base du pénis ; chez la femme, entre l'anus et le vagin, avec un ressenti parfois perçu un peu plus à l'intérieur. Mais pour pratiquer simplement, le repère de base reste le même : le centre du périnée. L'activation y est subtile, presque invisible — pas les organes externes, le centre.
Mūla Bandha n'est pas Aśvinī Mudrā
C'est la confusion la plus répandue, et elle vaut la peine d'être clarifiée :
Aśvinī Mudrā peut préparer le terrain, mais ce n'est pas Mūla Bandha. Les confondre, c'est rester à la surface du travail.
Sa fonction énergétique
Dans la tradition, Mūla Bandha agit sur apāna-vāyu, le courant d'énergie descendant, dont le rôle naturel est de descendre, d'éliminer, d'ancrer et de soutenir les organes pelviens. Mūla Bandha vient l'orienter vers le haut. L'énergie peut alors remonter et rencontrer prāṇa-vāyu — et c'est de cette rencontre que naît un sentiment d'unification.
Ce qu'en dit la physiologie
La lecture moderne observe, lors de cette activation, une mobilisation du plancher pelvien profond, un soutien des organes pelviens et une stabilisation de la région lombaire — autrement dit, une organisation interne plus cohérente. Ce que la tradition nomme « canalisation prānique », la physiologie le traduit en termes de tonus postural profond. Deux langages, un seul corps. (À noter : la stabilisation lombaire par le plancher pelvien est bien documentée ; la notion de vāyu, elle, relève de l'expérience yogique et n'est pas mesurable en laboratoire.)
Les erreurs fréquentes
- Contracter trop fort — l'excès produit l'effet inverse : rigidité et blocage.
- Bloquer le souffle pendant l'activation.
- Confondre avec Aśvinī Mudrā (le sphincter anal).
- N'activer qu'en posture — alors que Mūla Bandha peut être présent en méditation, en respiration, dans la vie quotidienne.
Le ressentir, en douceur
Pour découvrir la zone : contractez d'abord tout le périnée, fermement, puis relâchez complètement — vous venez de localiser la zone de travail. Cherchez ensuite uniquement le point central, entre les deux extrémités, ni le sphincter ni les organes. Activez-le très légèrement, presque rien, en gardant le souffle libre et le ventre détendu. Maintenez cette légèreté le temps de quelques respirations, puis relâchez et observez la différence. Je vous guide pas à pas dans cette pratique en quatre étapes à la fin de la vidéo.
Une activation légère de Mūla Bandha convient à la plupart des pratiquants. Par prudence, demandez l'avis d'un·e spécialiste avant de pratiquer si vous êtes dans l'une de ces situations :
- grossesse ;
- période de menstruation intense ;
- chirurgie pelvienne récente, prolapsus ou douleur pelvienne chronique ;
- hypertension artérielle sévère (en particulier si l'activation est combinée à une rétention du souffle).
Dans le doute, pratiquez sans forcer : la subtilité est toujours plus sûre que l'intensité.
Le premier d'une famille
Mūla Bandha ne fonctionne pas seul : il est le fondement, celui qui prépare Uḍḍīyāna Bandha et Jālandhara Bandha. Trois bandha, un seul mouvement intérieur. Sans Mūla Bandha, rien ne tient vraiment. Quand on le comprend, ce n'est pas qu'on en fait plus : c'est qu'on fait juste — et les āsana, le souffle, l'attention s'en trouvent transformés.
- Vue d'ensemble — comprendre les bandha
- Mūla Bandha — le fondement invisible (vous y êtes)
- Uḍḍīyāna Bandha — la vague intérieure (à venir)
- Jālandhara Bandha — le filet de prāṇa (à venir)
Apprendre les bandha en pratique
Ces subtilités se transmettent bien mieux accompagné. Découvrez nos cours de Haṭha Yoga et de prāṇāyāma à Aigle.